Interview exclusive : Claude Nyamugabo : « Le temps est venu de nous doter d’une politique forestière »

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Désinfection et assainissement sont les clés de la lutte a déclaré Maitre Nyamabo qui estime que la nouvelle société post Covid passera par l’application stricte des mesures de vie prônées par le ministère de l’environnement. Il est venu que notre société prenne la mesure de la place prépondérante de la RDC dans la formulation des réponses aux questions posées par la vie sur la planète. Conscient de ce rôle le Ministre plaide pour une Eco-citoyenneté responsable et une prise en compte des acquis à notre portée des avantages de la nouvelle économie mondiale de l’Économie verte. Très à la page des enjeux Claude Nyamugabo trace le chemin et promet dans les mois qui viennent de doter le pays d’une politique forestière. Dans une interview exclusive il revient sur les questions essentielles.

1. Question : 
Excellence Monsieur le Ministre, merci de nous recevoir chez vous au cabinet. La commune de la Gombe, centre des affaires dans cette ville de Kinshasa, a été deconfiné. Et il s’est posé un problème de désinfection des bâtiments l’Etat, voir des privés. Cette responsabilité vous est revenue. Comment avez-vous organisé le retour à la normal dans la commune de la Gombe tout d’abord ?

Réponse : 
Gombe, centre des affaires et administratifs de la ville de Kinshasa, a été également l’épicentre de la Covid-19. Il a fallu avant tout décontaminer la commune elle-même, les bâtiments publics et les bâtiments privés. Parce qu’on n’en parle pas beaucoup. Nous avons décontaminé les bâtiments publics en commençant par le palais du peuple, siège du parlement national. Nous avons décontaminé aussi l’immeuble du gouvernement. Nous avons décontaminé le palais de la nation et la cité de l’union africaine. Et l’autre bâtiment comme celui de la fonction publique qui abrite plus de cinq ministères. Et ce travail, nous comptons le poursuivre dans d’autres bâtiments. Et je crois que ce travail a été apprécié par les bénéficiaires. Parce que c’est un travail qui rassure. Et je tiens à souligner ici que le ministère de l’environnement a une direction d’assainissement. Mais cette direction n’était pas connue. Moi-même avant de venir comme ministre, je ne connaissais pas l’existence de cette direction. Alors que pour moi c’est l’une des directions les plus importantes dans ce ministère. C’est une direction dont nous avons besoin pour assainir nos milieux et lutter contre les maladies. C’est pourquoi j’ai réveillé cette direction qui pourtant a du matériel et un personnel formé.

2. Question : 
Il se pose une question de financement de cette contamination. Comment avez-vous le financement de ces opérations qui coutent relativement chère ?

Réponse :
Je voudrais remercier ici son excellence monsieur le président de la république, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et le chef du gouvernement premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, qui ont fourni beaucoup d’efforts pour répondre aux demandes que j’ai adressé au gouvernement de la république très rapidement. Ce n’est pas facile. Tout le monde n’est pas comprendre que le ministère de l’environnement est le ministère en charge de l’assainissement des milieux. Il y a beaucoup d’attributions dans ce ministère. Mais il s’agit à l’attribution relative à l’assainissement du milieu. Et ce n’est pas très connu. Ce qui fait que chaque fois que nous nous présentons et nous présentons le besoin, on a l’impression que c’est un autre ministère qui devrait le faire. Et vite, le président de la république et le premier ministre ont compris que c’est l’une des attributions du ministère de l’environnement. Et chaque fois que nous faisons recours à eux pour quelques moyens afin d’assainir notre milieu. Chaque fois qu’il est possible, ils n’hésitent pas pour mettre quelques moyens pour cela.

3. Question : 
Donc, ce sont essentiellement les financements du trésor public qui ont permis cette décontamination ?

Réponse :
Oui. C’est le financement du trésor public. C’est le financement qui ressort des impôts et taxes que nous payons.

4. Question : 
Est-ce que ça s’étend aussi aux sociétés privées ?

Réponse :
Une société privée ou une société commerciale ne va demander à l’Etat de désinfecter son bâtiment. Une société privée met quelques moyens pour désinfecter son bâtiment afin que les travailleurs soient dans des bonnes conditions.

5. Question :
Est-ce que le ministère de l’environnement impose un protocole ou impose des opérateurs pour la désinfection des autres bâtiments qui ne sont pas de l’Etat ou vous laissez libre-champs à tout celui qui peut désinfecter sans même connaitre les conditions ?

Réponse :
Vous avez, à cause de l’absence de la direction d’assainissement, nous avons vu de privés investir dans le domaine de la désinfection. Je les encourage du reste. Moi comme représentant du gouvernement, je voudrais la direction de l’assainissement soit celle qui fait ce travail. Je voudrais informer que cette direction comprend des pharmaciens, des infirmiers. Donc, il y a du personnel qualifié pour faire ce travail. Elle a également le matériel. Donc moi, je conseille à ceux qui veulent désinfecter le bâtiment à faire recours à la direction de l’assainissement. Encore que les prix sont moins chers. Et on peut même laisser les personnes acheter les produits et recourir à la technique.

6. Question :
Monsieur le Ministre, vous avez bien dit que la direction de l’assainissement n’était pas connue. Elle était morte et vous l’avez certainement ressuscité. Parce que la ville de Kinshasa n’est pas du tout assainie. Et alors l’assainissement, ce n’est pas seulement par rapport à Covid. L’assainissement, c’est tous les milieux qui sont pollué et empêchent les kinois de vivre dans la quiétude. Comment vous allez faire pour pérenniser cette direction qui il faut le dire est inscrite au résultat zéro et je ne sais pas moins zéro ?

Réponse :
Je voudrais pérenniser le travail de la direction de l’assainissement au-delà de la Covid-19. Cette direction, je l’ai ressuscité comme vous le dites, va continuer à vivre et je tiens à ce qu’elle continue à vivre. Et ce n’est pas seulement dans la ville de Kinshasa et à travers toutes les provinces. Et il faut savoir qu’en provinces, il y a des directions provinciales. Et au sein de chaque division provinciale, il y a un bureau d’assainissement. Donc, il faut une formation appropriée pour nos agents en province. Il faut également du matériel en provinces. Et nous sommes en train d’y travailler pour que dans le budget 2021 il ait des moyens conséquents.

7. Question :
Beaucoup de vos prédécesseurs quand ils mettent en place ici des politiques, parfois ils arrivent à un point et ne parviennent pas à passer ce point. C’est l’usage du plastique dans nos villes. Aucun ministre n’est parvenu à interdire l’usage du plastique ici tout en sachant bien que l’usage du plastique est une des causes de la pollution et de détérioration de nos rivières qui sont en réalité les lits naturels de l’évacuation d’eaux. Aucun ministre n’est parvenu à interdire cela. Et l’on dit que le lobby du plastique est plus puissant que votre amour ?

Réponse :
Moi, je ne connais pas le lobby plastique. C’est pour cela que j’ai pris le courage d’écrire à mon collègue de l’industrie et à ma collègue de l’économie pour que nous nous rencontrions pour faire appliquer un décret du premier ministre. Il existe bel et bien dans ce pays un décret interdisant la production, la fabrication, l’importation et la commercialisation du plastique. Et moi comme ministre de l’environnement, je ne connais pas le lobby dont vous êtes en train de parler.

8. Question :
Et pourtant le plastique a une belle vie ici à Kinshasa et il prospère.

Réponse :
Si le plastique a une belle vie pour le moment, je crois qu’il n’a plus une longue vie en République Démocratique du Congo.

9. Question :
Pensez-vous avoir des moyens pour aller contre ce réseau déjà installé depuis des longues années ?

Réponse :
Quels moyens ? Moi, je n’ai pas besoin des moyens. J’ai besoin des textes. Et les textes existent. C’est un décret du premier ministre que nous allons appliquer. Moi-même, le ministre de l’industrie et la ministre de l’économie. Notre structure réunissant les secrétaires généraux est déjà en train de travailler pour nous indiquer les moyens les plus appropriés pour rapidement travailler sur cette question.

10. Question :
Méga ministère, parce que les sujets et surtout les domaines sont divers. Et vous avez récemment commencé une nouvelle guerre avec les exploitants des bois. Vous avez interdit l’exploitation de ces bois tout au long du fleuve. Et ceci a valu des réactions presque chaudes en disant que non de quoi je me mêle. Le ministre de l’environnement nous fait des chantages. Il veut aussi entrer dans le business et il veut nous interdire.

Réponse :
Non. Non. Moi, je suis avocat. Et je ne suis pas opérateur économique. Et je n’attends pas le devenir. Si je voulais le devenir, ce n’est pas par l’interdiction que je devais le commencer. Donc, je ne tomberai jamais dans leur piège. Je vais faire mon travail. Le travail du ministre de l’environnement, c’est de veiller sur la protection de l’environnement. Et tous ceux qui polluent l’environnement et qui pensent exploiter illégalement les bois congolais me trouveront sur leur chemin. Ça, je ne le dis pas seulement. Mais je le fais déjà. Vous avez vu ma descente à Kinkole. Et je vais continuer ce travail même en province.

11. Question :
Dans ce ministère, il y a eu en matière des bois une jurisprudence. Un de vos prédécesseurs avait commencé d’abord annuler tous les permis d’exploitation des bois. Et puis on a commencé à faire la révision de ces autorisations. Et aujourd’hui, on ne sait pas combien d’autorisations avez-vous accordé et combien d’exploitants il y a ? Encore que ceux qui exploitent, disent que le danger ce n’est pas eux mais plutôt le permis illégal ?

Réponse :
Il y a deux sortes d’exploitants : les artisanaux et les industriels. Dans tous les deux, l’illégalité ne change pas de visage. Et il restera toujours l’illégalité. Parce que c’est une pratique extra legem. Une pratique qui va contre nos lois et règlements dans le secteur de l’administration forestière. Et j’entends remettre une bonne gouvernance dans ce ministère. Car, le pays en a besoin. Vous savez, dans certains pays voisins où le secteur de l’environnement ou l’exploitation forestière contribue à 6 % ou 10 % dans le budget de l’Etat. Et Vous dites que c’est un méga ministère mais il ne devrait pas l’être seulement de nom. Ce ministère doit contribuer efficacement au budget de l’Etat. Et pour qu’il contribue, il faut la bonne gouvernance.

12. Question :
Avez-vous accordé d’autres permis ou bien ce sont toujours les anciens qui sont en cours aujourd’hui ?

Réponse :
Je n’ai accordé aucun permis depuis que je suis là. Et je suis l’un des rares ministres à passer plus de six mois à la tête de ce ministre sans donner des concessions forestières. Parce que je tiens à respecter le moratoire que nous avons prescrit nous-même la République Démocratique du Congo depuis 2002.

13. Question :
Nous avons des forets dont une grande partie de la population est dépendante. Et même temps, nous avons des obligations internationales où nous nous sommes engagés pour préserver ces forets tout en ayant d’autres alternatives pour cette population. Ne sommes-nous pas dans un marché des dupes ou n’avons-nous pas menti à l’un des deux camps ? Est-ce qu’on n’a pas menti à la population de ne pas exploiter ou est-ce qu’on n’a pas menti à la communauté internationale de préserver les forets ?

Réponse :
Heureusement, le président de la république est en train de mener, je suis derrière lui, une diplomatie environnementale pour exiger une compensation des efforts que nous fournissons. Parce que là c’est ridicule que nous continuons à demander la population de ne pas couper les arbres si nous n’avons pas une alternative. Et en tant que deuxième poumon du monde, nous sommes en train de tout faire avoir une compensation.

14. Question : 
Plusieurs experts disent quand on parle des REDD, ils viennent avoir des projets pour que le Congo puisse s’inscrire dans les REDD plus. Mais le gouvernement congolais, les autorités congolaises ne parviennent pas se mettre au diapason justement de cette nouvelle dynamique qui a de la résistance pour que nous entrions dans cette ère ?

Réponse :
Nous y sommes bel et bien. Je crois que c’est un ancien discours. Pour le moment, nous sommes inscrits dans la perspective. Et nous y travaillons pour que la REDD produise des moyens pour notre pays. Et je crois qu’on aura des résultats dans les années qui vont suivre. C’est vrai, il ne faut pas dire que c’est en 2020 qu’on aura les retombées. Le travail que nous faisons, c’est un travail à moyen terme.

15. Question :
Dans combien d’années pensez-vous qu’on peut commencer à recevoir les millions ?

Réponse :
Dans les cinq années qui suivent. Et surtout avec le travail tel qu’il est fait actuellement. Nous sommes en train de rassurer nos partenaires qui c’est vrai, n’avaient pas beaucoup confiance. Nous sommes en train de le rassurer. Nous faisons un travail de lobbying puissant pour leur démontrer que nous congolais, nous avons nos forêts. Nous sommes en train de vouloir valoriser les fortes de la République Démocratique du Congo.

16. Question :
Un autre secteur où il est beaucoup attendu de vous ? C’est le secteur minier. Parce que vous apportez les cachets sur l’impact environnemental par rapport à l’exploitation minière. Et selon les rapports des plusieurs ONG, beaucoup d’entreprises minières ne respectent pas les prescrits du code minier quant à l’impact environnemental. Comment vous restez sans réaction par rapport à cela ?

Réponse :
Non. Je ne reste pas sans réaction. N’eut-été la Covid-19, peut-être vous m’aurez vu, peut-être que j’irai avec vous, dans l’ancien Katanga. J’avais déjà mes ordres des missions pour me rendre dans le grand Katanga. Parce qu’il est vrai que beaucoup d’entreprises minières sont dans cette partie du pays. Et Il n’est pas évident que les normes environnementales ne sont pas respectées à 100 %. Et notre rôle, c’est encore l’une des attributions du ministère de l’environnement, de suivre l’application des normes environnementales dans le secteur minier et le secteur des hydrocarbures. Je suis donc appeler à aller sur le terrain pour palper du doigt ses réalités et à agir là où il faut. Je vous rassure que je ne dors pas sur mes lauriers ici. Juste après le deconfinement, je me rendrai dans l’ancien Katanga pour me compte de l’application des normes environnementales dans le secteur minier.

17. Question : 
Sans vouloir stigmatiser une communauté ou une autre, on parle beaucoup des chinois. Que ça soit dans la coupe du bois ou dans l’exploitation minière, ils sont complètement dans l’irréalité. Il n’a pas un village chinois ici. Mais les chinois sont identifiés lorsqu’ils arrivent ici. Est-ce que le gouvernement ne parvient pas à réguler l’activité économique de cette communauté ou ça se passe dans le cadre de la coopération ?

Réponse : 
Non. Moi, je ne voudrais qu’on puisse stigmatiser une communauté. Nous avons besoin d’attirer les investissements dans notre pays. Mais, il nous revient à nous congolais de faire respecter nos lois. Il ne revient pas aux chinois de faire respecter la loi congolaise. Et je voudrais vous surprendre. Je suis l’un des rares ministres à avoir suspendu les activités d’une entreprise forestière chinoise dans la province de la Tshopo. Mais je ferai de même s’il agit d’une entreprise congolaise qui ne respecte pas les normes de l’exploitation forestière. Je le ferai.

18. Question :
Monsieur le ministre, vous avez la maitrise de vos secteurs. Est-ce que vous avez également des victoires ? C’est vrai il n’y a pas des beaucoup de temps depuis que vous êtes ministre. Est-ce qu’il y a des choses sur lesquels on peut dire ça c’est une victoire ou bien vous faites le suivi des activités ordinaires ?

Réponse :
Non. Il y a des choses qui sont en train de changer dans ce ministère. Ça fait soixante ans que nous sommes indépendant. Nous sommes le deuxième poumon du monde. Mais nous n’avons pas de politique forestière. Et c’est extrêmement grave. Nous n’avons pas de boussole pour gérer nos forêts. C’est un grand chantier sur lequel je suis actuellement. Et je suis en train de tout faire pour qu’avant la fin de cette année notre pays dispose d’une politique forestière. Ça, c’est une victoire. Et je me suis mis. Et c’est sérieux. Nous allons doter ce pays d’une politique forestière.

19. Question :
Et pourtant, notre pays a été exploité. Et il y a eu bon nombre des concessions. Et ça se faisait sans politique ?

Réponse :
Oui. Ça, c’est sans politique. C’était des improvisations et des tâtonnements. Et maintenant nous aurons une boussole pour gérer ce secteur.

20. Question :
Quel seraient les grands axes de cette politique ?

Réponse :
Le plus grand axe serait de faire en sorte que nos forêts produisent des recettes qui contribuent au budget de l’Etat. Je vais annoncer ici un dossier qui est défendu au conseil des ministres sur la gouvernance forestière. Dans les années qui vont suivre, notre bois ou les grumes congolaises n’iront plus aller comme nous le voyons aller vers Matadi. Et aussi, notre bois sera transformé à 100 % ici en République Démocratique du Congo. Ce qui va donner du travail et beaucoup d’emplois dans les milieux où le bois est exploité. Donc, nous sommes sur des grands chantiers. Car, notre foret doit également contribuer dans la lutte contre la pauvreté. Beaucoup des choses sont en train de changer. Et ce ministère doit prendre la place qui est la sienne.

21. Question : 
Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confronté dans la mise en place de toutes ces évolutions ?

Réponse :
Un problème des moyens malheureusement. Et la Covid vient d’accentuer ce problème. Mais nous pensons qu’avec la volonté qui anime le président de la république qui ne cesse de parler de l’environnement dans ses discours à l’étranger et ici. Et avec la volonté qui anime le premier ministre qui nous soutient beaucoup. Et l’appui de la coopération internationale, nous y arriverons.

22. Question :
Croyez-vous au réchauffement climatique ? Si oui, quels sont les impacts déjà identifiés dans notre pays ?

Réponse :
Oui. Moi, je crois au réchauffement climatique. Vous avez vu les dernières pluies qu’il y a eu ici. Vous avez vu l’impact de ces pluies. Donc, il y a un certain dérèglement du fonctionnement de la planète. Heureusement que nous ici en République Démocratique du Congo, nous avons un rôle à jouer pour diminuer l’impact de ce réchauffement.

Merci monsieur le Ministre

Et merci à vous Monsieur Willy